Symbôle, Utilité.......Les Doléances..

Publié le par rv

 

  Symbole et Utilité économique

         Sa présence à proximité de la demeure seigneurale lui conférait,  de par sa forme rappelant vaguement le donjon du château, un symbole de puissance du fief.  Il s’ornait, parfois,  des armoiries du seigneur local [ A titre anecdotique, à  Lanvellec, dans les Côtes d’Armor, à deux pas de Lannion, le  colombier du château de Rosanbo qui date de 1697, s’orne d’une inscription sculptée  sous la frise autour de la première rangée de pierres.  Seule épitaphe de ce type connue sur un colombier breton, elle indique :  «  Louis Le Pelletier, chevalier seigneur de Rozanbo, premier Président du Parlement de Paris, fit réparer ce colombier en 1738 »].

                                                              

 

 

      








 





A cet aspect (  non négligeable chez  les hobereaux de province) de noblesse et de richesses extérieures, il conviendrait d’ajouter l’aspect économique.  Ainsi, en 1603, Olivier de Serres*  présentait les colombiers comme des  «  garde-manger  perpétuels »  permettant de faire bonne chair sans trop bourse  délier…..[  En effet, c’est    -    souvent    -      le voisin qui nourrissait les pigeons…….]

         Le pigeonneau était fort apprécié pour ses qualités gustatives.  Au XVIIIè siècle, la Maison du Roy absorbait quotidiennement  400 pigeons, celle de la Reine, 300……

         Dans  Pantagruel, Rabelais cite le pigeonneau parmi les mets flattant le plus le palais…

         L’autre source de revenu provenant de l’élevage des pigeons était la production de colombine.  Cette fiente était, parmi les engrais naturels,  la plus riche en azote, en potasse et en acide phosphorique.  Elle était si forte que Olivier de Serres conseillait de ne l’épandre qu’en temps de pluie !.  Son importance était telle qu’elle apparaissait parfois dans la comptabilité agricole, pouvant d’ailleurs servir de redevance  due  au  seigneur.  On en trouve trace dans les baux de métayage et jusque dans des contrats de mariage.  C’est  dire !

        Un pigeon fournissait annuellement  deux à trois kilos de colombine.  On peut considérer que pour un colombier de moyenne importance, le produit  s’élevait à deux ou trois tonnes par an.

        Outre ces considérations  purement matérielles, il ne faut pas négliger l’importance de l’animal dans le comportement des populations de ces époques révolues.

        La fiente de pigeon avait un rôle thérapeutique :  contre la chute des cheveux, pour soigner les orgelets, les maladies des paupières, les tumeurs œdémateuses……..

        Un Maître en pharmacie du XVIIIè siècle ajoutait même : «  elle est  résolutive et apéritive :  on la prend toute calcinée ou en tisane ou en bol ….. ».

        Dans son ouvrage  «Les précautions médicales d’une famille à la fin du XVIIème siècle»,  Serge Davy précise :  «il faut prendre du fien de pigeon  tout frays que vous ferés tremper  avec du fort vinaigre l’espace de 12 heures et en frottés avec un linge les  roussures »  réitérés deux ou trois fois de suite"

        En 1693,  dans son Seplasium ou The English Pysician,  William Salmon décrit  les bienfaits médicinaux  attribués au volatile et ajoute  :

« Une corbeille de fiente vaut une charrette de fumier de mouton ».

        Certains  «  guérisseurs »,  druides ou autres mages vantaient les bienfaits du sang de pigeon  pour donner force et vigueur à l’être humain, aux enfants malades.  D’autres us voulaient que le sacrifices de jeunes pigeonneaux fut bénéfique pour la guérison de maladies ou pour atténuer certaines misères physiques.

        On ne peut occulter l’utilisation  du rôle de messager qu’a souvent tenu cet animal.  Ils pouvaient servir à la transmission de messages d’un château à l’autre, lors de périodes troublées.  La guerre de 1870 reste sans doute la plus représentative de cet aspect….

        L’importance et  la diversité de ces utilisations explique la prolifération de ces édifices entre 1500 et 1700…..

        Enfin, il est une fonction à laquelle les colombiers n’étaient pas destinées :  caches pour les Chouans  puis les Résistants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les Doléances

       En Bretagne, les premiers mécontentements   se firent sentir dès la fin du XVIIè siècle.  Les paysans commencèrent à s’insurger contre ce, pourtant bien médiocre, privilège réservé à une certaine noblesse rurale.

      Dès 1675, la révolte apparut en Basse Bretagne  pour culminer en Pays Bigouden et en Poher [  elle y fut menée par Sébastien Le Balp].  La révolte dite des  «  Bonnets Bleus »  et  des  «  Bonnets Rouges »   permit la rédaction du  «  Code Païsan » le 2 août 1675, lors d’une réunion en la chapelle de Tréminou, en Pont l’Abbé.

      Le   «code païsan »  comprenait 19  articles, le 11ème précisait en particulier :  «les fuyes et colombiers seront rasés et il sera permis de tirer sur les pigeons, en campagne».

      Ces révoltes échouèrent, les représailles furent souvent terribles………

      Pour autant, les mécontentements persistèrent et on aboutit au 5  juillet 1788 où le roi Louis XVI  admit le principe de la réunion des Etats Généraux  afin de connaître les critiques, les souhaits et les doléances de ses sujets.  Dès le mois de janvier 1789, se déroulent les premières réunions des Trois Ordres dont le but est de rassembler les revendications et propositions afin de remédier aux abus dont souffrent  les non encore citoyens du royaume.

      C’est la naissance des cahiers de doléances.

      Les principales revendications de la population rurale viseront essentiellement la suppression des droits féodaux  ( Droit de chasse,  droit de colombier,.……)

      La nuit du 4 août 1789  vit l’abolition pure et simple   du   «  droit exclusif de fuye et de colombier » stipulant [  Article 2 du Décret de la Nuit du 4 août 1789}]   que  «  les pigeons seront enfermés aux époques fixées par les communautés, et dans ce temps, ils seront regardés comme gibier et chacun aura le droit de les tuer ».

      Ce décret ne préconise pas la destruction des colombiers ni la disparition pure et simple du droit de colombier, il le démocratise, chacun pouvant avoir jouissance d’un colombier…..

   Depuis cette époque, les refuges à pigeons  ne sont plus que   -  trop  souvent  -   épaves, témoins d’un état de choses périmé.


Le colombier de nos campagnes

Architecture  -  Aménagements

        Les pigeons sont des animaux délicats, ils ne demeurent dans un pigeonnier que s’ils y trouvent certaines conditions.  Ceci explique,  en partie,  que ces édifices soient des habitations fonctionnelles et munies d’aménagements particuliers.

        A cet effet, l’emplacement du colombier et sa construction obéissent à un certain nombre d’impératifs techniques correspondant à des principes bien déterminés.

 

Situation :

        Il doit être hors du bruit des personnes, du froissis des arbres et du murmure des eaux.  Il est généralement édifié dans un endroit écarté mais peut s’élever dans la cour.

        L’habitation sera généralement bâtie en hauteur ou en un endroit surélevé, bien dégagé dans un lieu découvert afin de permettre aux jeunes pigeons de retrouver plus facilement leur abri.  L’exposition au levant est la meilleure et la proximité d’un point d’eau est souhaitable ( étang, mare, lavoir……).

        On peut admettre que l’édification des colombiers en un endroit suffisamment éloigné de tout bruit intempestif contribuait au bien-être des pigeons, mais  son éloignement des demeures humaines pouvait aussi se comprendre par la volonté d’éviter les nuisances qu’il pouvait apporter aux humains.

          Ainsi rares sont les exemples d’édifices en zone urbaine, leur présence étant interdite à l’intérieur d’une ville.  [  On peut encore en trouver trace à Saint Malo, Fougères……].

Détails de construction :

         La lutte contre les rats, fouines, belettes et autres petits carnassiers nécessite des portes fermant parfaitement : elles sont généralement de dimension réduite, ne laissant la place que pour le passage d’une seule personne.

Il faut aussi prévoir  dans la construction des dispositifs empêchant  ces nuisibles d’atteindre les nids, d’où la présence d’enduits tant à l’extérieur qu’à l’intérieur..

         Toujours au titre de la prévention, on aménagera des saillies  destinées à empêcher ces mêmes petits animaux à grimper le long des murs.

         Les boulins ( nids)  doivent être secs et le rester, leur entretien est important comme l’est le nettoyage et le dégagement régulier de la colombine du sol, afin d’éviter toute éventuelle surinfection.

L’Architecture :

         La typologie architecturale du colombier des campagnes bretonnes présente l’aspect d’une tour ronde et basse, coiffée d’un dôme  de pierres profilé en gradins  (  parfois en ardoises ),  se dressant à  proximité des anciennes demeures seigneuriales.

         Le toit était percé d’une ouverture zénithale permettant les allées et venues des pigeons.

         En entrant à l’intérieur d’un colombier, par une porte souvent basse et étroite, on note que la paroi intérieure est intégralement  garnie de boulins, du sol jusqu ‘au sommet, destinés à la ponte.  Ces boulins ont leur ouverture disposées soit en superposition, soit le plus souvent en alternance.

         Pour accéder à ces nids, il existe un dispositif constitué d’un mât central pivotant, reposant sur un pivot appelé «  la foire » ( grosse pierre en forme de meule horizontale) et retenu à son extrémité extérieure par une poutre.  Cet axe supportait les potences  auxquelles étaient fixées les échelles permettant à l’homme de recueillir les œufs et de nettoyer les nids….   De nos jours,  rares sont les colombiers qui possèdent encore leur échelle tournante.

         C’est pour permettre le bon usage du dispositif rotatif que l’intérieur est toujours circulaire !

         La contenance moyenne du colombier breton est de 600 boulins, soient 1 200 pigeons.  Mais ce chiffre peut  dépasser les 1 000,  donc 2 000  habitants !

      Selon une opinion généralement admise, le nombre de boulins contenus dans un colombier était directement lié à la superficie du domaine.  Il y avait un nid par journal  de terre.  Un Journal  (  Ar  devezh arat)  vaut un demi hectare et correspond, comme son nom le précise parfaitement en langue bretonne, à la surface de terre qu’un homme pouvait labourer en une journée.

La Façade à  Boulins :

         Ce terme désigne les abris de pigeons en façade des manoirs.  On ne connaît pas l’origine exacte de la forme.

         Il s’agit ni plus ni moins de la  concentration d’un certain nombre de niches destinées à abriter les pigeons, boulins situés généralement dans la façade d’un manoir.   Ceci permet de dire que les abris de pigeons en façade étaient tolérés dans cette forme d’architecture.

A Saint Juvat, petit village situé à une dizaine de kilomètres de Dinan, dans les Côtes d’Armor, on recense encore une concentration de maisons à façades à boulins, confirmant  ainsi que l’on pouvait élever des pigeons sans appartenir à la noblesse.

Manoir du Cleuziou, en Louargat,  la façade de l’Annexe du Manoir principal comporte 62  boulins répartis en 2 rangées composées de 3 groupes séparés par 2 jolies gerbières :  21  boulins sur la gauche, 24 boulins au centre et 17 boulins à droite                       


 

 

 

 

  Maison à St Juvat            


       

                                            Manoir du Cleuziou.


 

 

 

 

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Publié dans RVBRIAN

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