Les Origines, le Droit de Colombier..


Hormis l’amour que nous portons à ce terroir, c’est d’une part la facilité de déplacement, de visite et de recherche et d’autre part la concentration de colombiers encore visibles sur le secteur et présentant un panachage de modèles explicites qui, seuls, ont contribué à nous positionner dans une étude limitée au nord des Côtes d’Armor.
Une anecdote qui en dit long sur l’intérêt que certains portent à notre Bretagne : lors d’une exposition sur les colombiers, à Rambouillet, dans les années 60, un certain Monsieur Klaizman, illustrait une carte de France faisant concorder le nombre de colombiers avec la densité de culture du blé. La lecture de cette carte faisait apparaître une forte concentration de colombiers dans des régions traditionnellement céréalières [ Limagne, Brie, Beauce, Haute-Normandie, Bassin de Rennes….]. La Bretagne est quasiment vierge de tout colombier. C’est vrai qu’à l’époque, l’autoroute n’allait pas si loin de Paris……..
Quelques chiffres pour contredire cette carte : Au XVIIème siècle, la France comptait environ 42 000 colombiers. Un certain Monsieur de la Messelière nous dit qu’au XVIème siècle « la Bretagne possédait 12 000 manoirs dont le quart ( 3 000) avait le droit de colombier ( on en dénombrait alors 350 pour le seul Trégor !. «
D’autres études avancent un chiffre plus proche de 4 000 ( un tiers du nombre de manoirs !).
En effet, la répartition montre une très forte concentration de ces manoirs sur le littoral nord et, notamment, aux environs de Saint Pôl de Léon, Tréguier ( sièges épiscopaux), Morlaix et Lannion ( villes ayant une activité portuaire très active).
La région de Guingamp en était également bien pourvue. Comme généralement les seigneuries se trouvaient le long des axes principaux, on y trouvait aussi des colombiers.
De nos jours, sur les quelques 350 colombiers qui habillent encore le sol breton, on en dénombrerait 70 pour le seul Trégor historique. D’autres chiffres avancés par Monsieur Guy Sallier Dupin citent : « 34 pour le Trégor et 25 dans le Penthièvre sur les 400 qui existaient à la fin du XVIIIème siècle. » [ Il n’est pas toujours aisé pour un « amateur » de se faire une idée exacte, car certains érudits ne comptabilisent qu’une catégorie bien précise d’édifices, d’autres ignorent les ruines, etc….]
Quels que soient les chiffres, on voit que ce secteur est l’un des plus fournis de Bretagne, on y trouve donc matière à étudier………sans toutefois éclipser les autres régions !
Concernant les colombiers, on peut toujours trouver la substantifique moelle dans les ouvrages savants, mais rien ne vaudra jamais une visite sur le terrain. A ce sujet, si la plupart des propriétaires se font une joie de vous accueillir avec moult explications à la clé, beaucoup de ces édifices sont propriétés privées et donc très difficiles d’accès.
Intimement liée à l’histoire de la noblesse, tout le monde s’accorde pour accréditer la thèse de son importation d’Orient par les Croisés.
S’il existait déjà dans le monde antique, particulièrement en Perse où subsistent encore de beaux spécimens, en Bretagne comme ailleurs il n’y avait, sans doute, avant l’apparition des modèles actuels au Moyen Âge, que des abris de bois, volières rudimentaires……
C’est seulement aux XIIIème et XIVème siècles qu’apparaissent les plus anciens colombiers de pierre, confortant les influences orientales et le rôle déterminant des Croisades dans ce domaine.
Au moyen âge, la viande était un luxe exceptionnellement consommé aux grandes occasions. L’exploitation du pigeon, supprimant les aléas de la chasse, procurait à l’homme du moyen âge cette viande fraîche dont il raffolait et qui lui manquait trop souvent ! Ayant observé cet us en Orient, il ne manqua pas de l’introduire en Bretagne.
Il n’est pas chose aisée d’établir avec précision l’origine exacte de ce droit. Chacun y est allé de son explication.
Pour autant, il faut savoir que parmi d’autres privilèges, le Droit de colombier disparut dans la nuit du 4 août 1789. Cette décision s’appliquait à l’ensemble du territoire national. Ce droit de colombier n’avait pas cours partout en France, les conséquences de cette abolition furent donc diversement accueillies d’une province à l’autre.
Dans les pays dits de « droit écrit » ( droit fortement inspiré de l’Ancien droit romain) et fortement implanté au sud de la Loire, n’importe qui pouvait ériger un pigeonnier à la seule condition de pouvoir nourrir ses pigeons. Dans le nord du pays où dominait le
« droit coutumier », régi par les coutumes locales, le fait de construire et de posséder un pigeonnier constituait un privilège bien réglementé par les us et coutumes du lieu où on se trouvait : la Bretagne en était la parfaite illustration.
En Bretagne donc, il semblerait qu’avant 1312, tout propriétaire foncier pouvait bâtir un abri pour pigeons.
A partir de cette date, le Droit fut régi par la Très Ancienne coutume de Bretagne coutume rédigée probablement entre 1312 et 1325 ( 1341 selon d’autres sources). Le Droit de colombier faisait l’objet des article 290 à 292 de la Très ancienne coutume.
En ce début du XIVè siècle, il était simplement précisé que pour faire colombier ( ou coulombier), il fallait qu’il y eut anciennement colombier et disposer de suffisamment de terres pour nourrir ses pigeons. L’article 290 de la Très ancienne coutume précise, en effet : « Nul ni nulle ne doit faire coulombier s’il n’avait eu anciennement coulombier ou s’il n’est si Grand Maistre au pays que ceux coulombs ne puissent se pourvoir sur luy ou sur ses hommes « .
Autrement dit, point n’était nécessaire d’être noble, ou seigneur, posséder une grande surface de terre suffisait pour pouvoir légalement bâtir un colombier…
L’Ancienne coutume de Bretagne rédigée en 1539 n’apporte aucune précision supplémentaire à ce sujet, elle précise seulement qu’il n’est pas permis de faire colombier s’il n’y avait eu anciennement colombier …….. ( Article 371)
Par contre, en 1580 la Nouvelle Coutume de Bretagne apporte une précision nouvelle et importante : 300 journaux de terre noble en un seul fief ( 150 hectares) sont exigés pour avoir le droit de bâtir un colombier.
Le droit de colombier, malgré cette nouvelle restriction, restait attaché à la terre et non à la qualité du possesseur. Ainsi des roturiers, suite à l’acquisition de fiefs, devinrent propriétaires de domaines possédant le droit de colombier. Par la suite, on peut considérer que certains propriétaires, au fil des générations, prirent le nom de leur domaine, usurpant quelque peu leur titre nouveau de noblesse……..
Pour faire ériger un colombier, il fallait obtenir la permission du roi, du duc ou du suzerain immédiat.
On notera cette règle qui distingue le droit de posséder et celui de bâtir, qu’il s’agisse ou non d’un noble.
Le droit de colombier cessait lorsqu’il n’existait plus trace de précédent édifice.
Les pigeons étaient protégés. Par exemple, on peut lire en l’article 292 de la Très Ancienne Coutume : «Nul ne nulle ne doit tendre à coulomps de coulumbier o file, ne o glu, ne o cordes, ne o laczons». Des châtiments corporels envers les contrevenants étaient prévus dans la Nouvelle Coutume.
Sources utilisées pour établir ce document :
- Docteur Jean AUFFRET : Colombiers et Pigeonniers en Bretagne profonde [Editions régionales de l’Ouest].
- Bulletin Municipal de Planguenoual ( Côtes d’Armor).
Association Kouldry [ Les Amis des Colombiers Bretons de Pédernec dans les Côtes d’Armor ].
« Pays d’Argoat » : revue d’histoire et d’Archéologie de la région de Bourbriac, Côtes d’Armor. ( numéro 26, du second semestre 1996).
Il faut également souligner le chaleureux accueil réservé par les propriétaires de Colombiers lorsque vous venez visiter ces monuments. Qu’ils soient tous remerciés pour ce travail de mémoire et de conservation de notre patrimoine commun….
Nota :
* Olivier de Serres : agronome français ( 1539 – 1619 ) instigateur des techniques agricoles scientifiques. En particulier, il substitua à la jachère, la rotation des cultures.